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Grégory Viguié exhume de l'oubli les Morts pour la France

(03/11/2015)

Grégory Viguié exhume de l'oubli  les Morts pour la France

Portrait: Le généalogiste nîmois, conducteur de bus de profession, a entrepris un travail de mémoire, en effectuant des recherches sur la Grande Guerre à partir des monuments aux morts.
Sous sa plume, de simples noms gravés sur la pierre reprennent vie. Tumultes de chair et de sang témoignant de la Grande Guerre. Soldats héroïques qui, presque un siècle après leur mort offerte à la France, retrouvent un visage, une existence. Plus seulement des Poilus disparus tragiquement mais des époux, des pères de famille, des citoyens au quotidien ordinaire... Ce travail de mémoire, exceptionnel dans le sud de la France, le Nîmois Grégory Viguié l'a entamé dans le cadre d'un diplôme universitaire de généalogie : un mémoire sur le monument aux morts du petit village de Brouzet-lès-Alès en 2011 le poussera à ausculter d'un oeil d'historien ces stèles, bases de recherches inépuisables. «L'objectif est de rendre hommage aux Poilus. » Après Euzet-les-Bains, Cabrières, et avant Montaren-et-Saint-Médiers, c'est donc au tour de Langlade, à la demande de la municipalité, de se souvenir. Mercredi 11 novembre, à midi, après la commémoration officielle de l'armistice, le travail de recherches et le livre grand public (éditions Lacour) seront dévoilés.
Pour tous, le même principe qui voit s'entremêler portrait d'un village et biographie de soldats: «L'étude d'un monument de pierre peut fournir de nombreuses informations passionnantes. Cela permet d'avoir une vision d'une commune à la Belle époque, et d'apprendre à mieux connaître ces Poilus, poursuit le conducteur de bus Tango, qui consacre ses heures de loisirs à la généalogie. Lui-même, sans le savoir, a fourbi ses premières armes de généalogiste à l'âge de 12 ans en ouvrant les cartons de l'arrière-grand-père, Élie Vincent, entreposés dans la cave de ses grands-parents, quartier des Amoureux. Le gamin qui, au gré des affectations militaires de son père, voguait alors d'Allemagne à Hyères (Var), découvrait là les racines familiales : «Les médailles d'Élie trônaient dans le salon, et je me suis retrouvé à trier ses cartes d'identité, ses factures, ses papiers militaires de la première guerre mondiale... L'histoire est une tradition familiale entretenue depuis mon enfance. »
À. un cursus classique de collégien aux Oliviers et de lycéen à Camargue, succédait donc un Deug d'histoire, resté cependant sans lendemains. Pressé d'intégrer la vie active, Grégory Viguié, fan de l'époque napoléonienne, se lançait sur le marché du travail, tout en s'impliquant activement dans le quotidien du club de football Nîmes Olympique: «J'ai pris ma licence de dirigeant à l'âge de 22 ans, se souvient le quadragénaire. J'ai accompagné les pros, j'ai travaillé à la boutique, j'ai épaulé les jeunes en formation... »
Voyages dans toute la France
Position en coulisse qu'il a conservée en démarrant ses recherches historiques pour les communes, mais pas seulement: le centenaire de la Grande Guerre titillant la curiosité familiale, nombreux sont les descendants à lui demander de se pencher sur le passé d'un aïeul : «À partir (l'un nom, on peut retrouver, sur un site national, les fiches des Morts pour la France, qui dévoilent des détails sur les dossiers médicaux, le recensement. » Au généalogiste d'affiner ensuite le profil en voyageant dans les archives municipales, départementales, militaires éparpillées dans toute la France.
 «S'ouvrent alors 36 000 pistes. Il faut ne rien laisser au hasard. J'ai, par exemple, travaillé sur un Poilu qui avait combattu un mois, avant d'être prisonnier durant quatre ans : j'ai retrouvé à la Croix-Rouge son dossier, épais dé ,50 pages,„avec des détails sur son parcours, ses Maladies, les menus qui lui étaient servis... Propulsant ainsi, en quelques chapitres, la famille de ce militaire dans un passé qu'elle ignorait. « Que du bonheur... Je travaille avec mon coeur. » Il n'envisage d'ailleurs pas de quitter son boulot de conducteur de bus : redonner un visage à ces Morts pour la France, c'est tout simplement «sa passion ». Qui n'est pas prête à s'éteindre, après le centenaire de la guerre 14-18, Grégory Viguié avoue avoir déjà programmé des recherches pour « les dix années à venir ».
MARIE-LAURENCE GAILLAC
mlgaillac@midilibre.com


www. .genealogie-gard.fr

Erreur réparée
En 2014, Grégory Viguié découvrait, lors de recherches menées à Saint-Ours-les-Roches (Auvergne), le soldat Jacques Monnet, combattant de 1914 à 1918, y compris à Verdun, qui n'était pas inscrit sur le monument aux morts du village. Quatre-vingt-six ans après le décès du Poilu, grâce aux démarches de l'historien nîmois qui ont abouti à une
reconnaissance de Mort pour la France, l'erreur a été réparée.


LE PROJET
À Nîmes
Depuis un an, Grégory Viguié a lancé un grand projet, qui devrait le tenir en haleine jusqu'au
11 novembre 2018 : à titre personnel, il mène des recherches sur les trois monuments aux morts nîmois (square du 11 Novembre, Saint-Césaire, Courbessac). « Plus de 2 000 patronymes sont inscrits: des soldats nés, morts, mariés ou résidant à Nîmes. Il faut savoir que l'inscription sur la stèle dépendait du bon vouloir du maire. J'ai ainsi vu dans un village un édile exclure un Poilu, tout simplement parce que le chien de ce dernier avait mangé sa poule... A Nîmes, je vais donc me concentrer sur la biographie des 1015 Morts pour la France, nés dans la cité. Un chiffre qui n'est pas définitif: au fil de mes recherches, j'en ai déjà trouvé six autres qui ont été "oubliés" sur le monument. » Le généalogiste lance d'ailleurs un appel aux descendants de ces militaires : « Qu'ils me contactent sur mon mail viguie.genealogie@gmail.com s'ils possèdent des photos, des documents... »

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