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LA DERNIÈRE PAGE DE LA DYNASTIE « LACOUR-OLLÉ » ?

(23/12/2013)

LA DERNIÈRE PAGE DE LA DYNASTIE « LACOUR-OLLÉ » ?

 L'un des plus vieux commerces de la ville, situé boulevard Amiral Courbet, continue contre vents et marées à faire de l'édition, de la librairie et de l'impression. Depuis 1869, Lacour-Ollé fait vivre l'identité du sud et de Nîmes.


Chef d’entreprise excentrique, Christian Lacour-Ollé, 59 ans, continue inlassablement d’user ses santiags sur le bitume des villages de France pour éditer des livres qui « croquent du patrimoine de notre belle France ». C’est en quelque sorte le « Jean-Pierre Pernaut » de l’édition. Christian, le bien heureux au milieu de ses centaines de livres de « son cabinet de curiosité », est un personnage atypique. Son activité a été créée par son trisaïeul Marcellin Ollé en 1869. C’est écrit en gros sur la façade blanche de son magasin qui fait front avec un autre lieu de savoirs, l’université des sciences des Carmes. Editeur, imprimeur et libraire, toutes ses activités sont en danger. Christian, sa maman (88 ans) et sa fille (22 ans) écrivent ensemble la dynastie familiale mais les dernières pages de l’histoire semblent s’approcher inéluctablement. 


Un crime pour notre mémoire


A quelques pas du photographe Moschini fermé cet été, l’enseigne Lacour-Ollé ne tient que par son activité d’édition. La maison regroupe le catalogue indépendant le plus important de France (7 200 titres). La rédaction d’Une à Nîmes puise régulièrement inspiration dans ses ouvrages : les mots nîmois, le parler du midi, la vraie histoire des mazets… Un rayonnage entier est consacré aux livres parus sur Nîmes et son identité. Rien que pour cela, la fermeture de cette enseigne serait un crime à notre mémoire. L’ouvrage le plus populaire s’est écoulé à 20 000 exemplaires. C’est Noëlle Noel, la maman de Christian, qui l’a écrit : La cuisine du Midi. Les livres régionaux sont le fonds de commerce des éditions Lacour-Ollé. 


Enraciné dans l’histoire


Christian Lacour-Ollé connaît l’histoire de sa ville sur le bout des doigts et en particulier l’histoire du lieu où il est né, où il a grandi, où il habite et où il travaille encore aujourd’hui. « Sous mon bureau, la via domitienne puis ce fut un château royal, un couvent et une gendarmerie impériale », explique à toute vitesse cet homme si enraciné dans cette terre jouxtant la porte d’Auguste. Il a également fait l’histoire de plus de 2 000 auteurs rencontrés. A Nîmes, ses références s’appellent Edgar Tailhades (maire de 1947 à 1965), l’abbé André, le résistant Aymé Vielzeuf ou encore Jean-Charles Lheureux. Le dernier homme des Lacour a été le correspondant de l’académie de Nîmes, devenue trop vieillissante à son goût comme aimait l’écrire Christian Liger dans « Nîmes sans visa ». L’éditeur aime voyager et aller de petits villages en petits villages dans la pure tradition des colporteurs. Il aime par-dessus tout les rencontres qui ravivent les mémoires ou ressuscitent les légendes. 


Son histoire d’entrepreneur est menacée de toutes parts : la crise économique, les zones commerciales en périphérie, l’explosion d’Internet, la paupérisation de son quartier, l’abandon des artisans, la politique de stationnement. Christian a tenté de faire entendre sa voix en étant adjoint au maire de Nîmes entre 1995 et 2001 ou en étant candidat aux élections européennes de 2005. Rien n’y a fait. Sa désillusion est grande « quant au mépris des politiques et de la société à l’encontre des honnêtes artisans ». Son regard porte désormais sur les bottes neuves de sa fille, Christy. Cette superbe jeune fille de 22 ans partage son temps entre le mannequinat et l’entreprise de son père qui fut un fantôme durant son enfance. Tous deux se découvrent et font jaillir des étincelles de leurs caractères trempés et si proches. « J’aimerais reprendre au moins l’édition », dit-elle entre deux sourires ravageurs et devant une grand-mère trônant fièrement sur son pas de porte comme l’avait fait jadis son grand-père Jean. A suivre mais de grâce ne tournez pas la dernière page. 


Lacour-Ollé en chiffres :


5 salariés (contre 20 il y a 20 ans)


600 mètres carrés


2 000 auteurs rencontrés


7 200 titres édités


20 000 exemplaires vendus de « La cuisine du Midi » rédigé par Noëlle, la maman de Christian


Article rédigé par Une à Nîmes, le e.magazine

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