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Midi Libre 25 Décembre: Noëlle Noël, spécialiste des recettes en excédent

(25/12/2013)

Midi Libre 25 Décembre: Noëlle Noël, spécialiste des recettes en excédent

Dernier ouvrage paru : Les haricots blancs secs et frais, Noëlle Noël ne fait que dans la thématique. (Photo WILLIAM TRUFFFY)



À 88 ans, la mère de l’éditeur Christian Lacour est aussi son auteur le plus prolifique. Du haut de ses 103 livres de cuisine, elle joue à fond la carte de la tradition culinaire française.



Dans un monde où tout apprenti cuisinier “sublime” une blanquette à coups de mixeur, sous les caméras de la téléréalité, ou prend des airs mystérieux en dressant de la tapenade dans des verrines qu’on croirait thermoformées dans des dés à coudre, Noëlle Noël - de son vrai nom Yvette Lacour - fait figure de conservatrice.


De gardienne de traditions qui foutent le camp dans une société cultivant autant le vide des conversations que le sous-vide à table. Une sorte de réactionnaire du potage qu’on aime savoir derrière les fourneaux.


Voilà vingt ans que Noëlle Noël écrit des livres pour le compte des éditions de son fils, Christian Lacour. Soit 103 livres, pour, selon son calcul, "sans doute plus de 4 000 recettes, toutes essayées". Une collection dont les titres fichent le vertige à l’estomac.


Du “Divin lard” au sanglier solitaire


Une collection au parfum de piété et de cochon, tellement elle semble complète : "La cuisine du poireau" ; "La cuisine de la figue" ; "Cuisinons et réhabilitons les légumes secs" ; "La cuisine du divin lard" ; "L’ail, ce condiment qui relève les saveurs" ; "Cuisinons ce solitaire : le sanglier"... Catalogue roboratif d’œuvres qui s’affichent neuves en vitrine du magasin du boulevard Amiral-Courbet et trouées et soldées dans la petite galerie du passage Guérin. "On les perfore pour pas que le client prétende qu’il est d’occasion." 


"Vous n'aimez pas le gras double ?"


Avant d’apprécier sa cuisine, autant le dire, on aime le personnage. "Vous me donnez quel âge ? 78 ans ? J’en ai dix de plus." On sent qu’elle a l’habitude de poser cette question, elle, la timide, la "secrète aimant être dans l’ombre", qui ne se livre pas beaucoup. Une vieille dame bien en peine, ce jour-là, de ne pas trouver de table pour s’asseoir avec son interlocuteur, dans un endroit, la librairie Lacour-Ollé, haut lieu de l’édition nîmoise, véritable caverne d’Ali Baba de tout ce qui peut être publié.


Voilà comment elle aborde son sujet : "Vous n’aimez pas le gras-double ? Oh !, vraiment ? Et pourtant un gras-double maison, bien préparé, c’est quelque chose." On est très loin du sashimi.


Ancienne secrétaire de direction à "Midi Libre"


Cette Nîmoise pur sucre, "élevée par une maman qui était championne de lapin", n’est pas très loquace sur sa jeunesse. Tout au plus, a-t-on le droit à une anecdote : "À 5 ans, je savais monter une mayonnaise. Je me souviens, en été, la faire dehors sur une chaise. Les passants disaient “ regardez la petite ! ”.


Elle évoque peu la guerre : "Le rutabaga, bien assaisonné, c’est bon. Mais sans assaisonnement…" Souvenir culinaires douloureux au palais. Souvenirs aussi de l’heureuse période, après la Libération, où toute jeune secrétaire de direction à Midi Libre, elle rencontre son mari - "sans savoir qu’il était le fils Lacour" - à la librairie où elle faisait ses emplettes pour le tout jeune quotidien régional.


Son époux passe de 52 à 100 kilos


Retour en cuisine. "Mon mari a souhaité que je quitte mon travail. C’est là que je me suis vraiment mise à faire à manger." Son époux passera de 52 à 100 kg. Elle s’attelle également à l’éducation de son fils, Christian. À qui elle fait "beaucoup de potages". C’est lui, l’éditeur aux 7 200 titres, qui l’a poussée à écrire.


Devenu homme d’affaires en complet veston d’un monde encore rustique, colporteur à l’ancienne d’un pays qui a troqué ses diligences pour des Mercedes, il a senti toute sa vie le fumet des plats de sa maman, au point d’avoir un jour confondu la soupe du chien avec la sienne, avant de flairer le bon filon. "Mes dépositaires, dit-il, me demandaient des livres thématiques." Yvette prend un pseudo.


"Dans quel monde vivrait-on si on ne pouvait pas exploiter sa mère ?"


Ce sera Noëlle Noël, son deuxième prénom accolé au nom de jeune fille de sa mère. Nom de plume, écrit une fois sur deux avec des trémas, aussi génial que marketing. L’ancienne dactylo écrit, à la main, son premier bouquin : La cuisine du Midi. Un succès : 20 000 exemplaires vendus. Et pas de droits d’auteur : "Dans quel monde vivrait-on si on ne pouvait plus exploiter sa mère ?", dit en se marrant le fiston.

 

Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait la soupe

 

On voudrait irriter ce fils, un peu foutraque, qu’on n’y arriverait pas. Même en évoquant ces photos de couvertures (qu’il fait lui-même) et la mise en page carrément vieillotte. "On cultive cette image. On sait que ça plaît aux gens."Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait de la soupe. Des chefs achètent ses recueils, sans doute pour plagier un peu de cette tradition. "Peu le disent", murmure Yvette Lacour. Elle se sent davantage flattée, lorsqu’elle rencontre une cliente, ignorant la véritable identité de l’auteur et glissant : "Vous savez, j’étais à l’école avec Noëlle, je l’ai bien connue."


Une petite-fille qui ne doit pas faire d'excès

Aujourd’hui, Yvette doit vivre avec les ambitions familiales. Celle de la compagne de Christian (Maud Chaudron, et pour le coup, il ne s’agit pas d’un pseudo), qui écrit aussi pour les éditions Lacour des livres de cuisine. "Je ne marche pas sur ses plates-bandes", se défend Yvette. À peine, s’agace-t-elle  quand le fils ne sait plus qui des deux a écrit sur la morue, vaste sujet en terre nîmoise.


Quant à la petite-fille, Christy, une grande blonde dont les courbes n’évoquent certainement pas les excès de gras-double, elle a bien écrit, plus jeune, avec sa sœur un bouquin ("La cuisine des fillettes") mais on l’imagine mal, alors qu’elle fait aujourd’hui du mannequinat, préfacer "Le divin lard".


"Les proportions, ce n’est pas mon fort" 


Il y a bien un créneau sur lequel Noëlle Noël n’est peut-être pas, de son aveu, tout à fait au point : la pâtisserie. "C’est pas mon fort, les proportions." et pourtant, on l’avoue : elle nous a accueillis avec un savoureux gâteau aux pommes. Christy a même emballé ce qu’il en est resté après le passage du photographe, qui a bien cru retrouver la cuisine de sa grand-mère. Car il n’y a pas que la tradition culinaire dont Noëlle Noël se fait la gardienne : il y a aussi le savoir-vivre.

ALEXANDRE MENDEL

amendel@midilibre.com

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